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> Jeudi 20 octobre / Ma Vie en Vin de Pierre Perret, Ed. Cherche Midi

Ses « initiés » le savent bien : Pierre Perret a une passion pour le vin. Du petit vin du matin qui accompagne les parties de pêche au grand cru exceptionnel, il nous offre, pour la première fois, le récit de ce long compagnonnage à travers des souvenirs plus réjouissants les uns que les autres. Il raconte ici pêle-mêle, aussi bien la découverte du vin dans son enfance que ses instants de bouteilles partagées avec Lino Ventura, Jean Carmet, Michel Audiard, Charles Aznavour, Bernard Pivot, Michel Simon ou Serge Gainsbourg…
Les grands noms du vin et de la gastronomie sont aussi présents à travers des évocations aussi amicales que gourmandes. De la difficulté de trouver un tire-bouchon dans l’île de Java au commerce de grands crus français dans une modeste épicerie chinoise de New York, les anecdotes hautes en couleurs abondent, et toujours dans le style inimitable de l’auteur.

En exclusivité pour Voisins Voisines Grand Paris, l’extrait Eddie Barclay, Premier Disque Premier Grands Crus
« Un peu plus de deux ans plus tard, après ma « libération de la caserne », je me retrouvai un beau matin chez Eddie Barclay lui-même : je venais de signer dans sa firme mon premier contrat de disque et d’édition phonographique. C’était un grand amateur de bordeaux. Il ne buvait que des bons vins car il avait eu – bien avant moi – la chance et les moyens de se les offrir. Lui aussi fils de bistrotier, mais auvergnat, il n’avait dégusté dans sa jeunesse que des vins sans doute ressemblant à ceux que j’avais connus à la campagne dans les fermes, avant de découvrir les grands. Sans la développer vraiment, je l’ai déjà fait dans un autre ouvrage, je ne puis occulter ici ma première « escalade œnologique » chez Barclay. J’y ai enfin découvert, ce jour-là, les grands crus ! Après le Bollinger brut avec lequel nous trinquâmes au contrat, c’est un somptueux Château d’Yquem qui suivit pour noblement escorter le foie gras ! C’est enfin un sublime Ducru-Beaucaillou qui couronna cet étonnant et somptueux déjeuner. J’en avais connu de fort délicieux jusque-là, mais jamais aucun qui lui ressemblât. Et surtout, surtout, ce qui fut une étonnante révélation pour moi, c’est que mon palais n’avait jamais connu de tels sommets, je n’avais jamais dégusté des vins d’une telle noblesse. Je demandai à Eddie si pareil cru faisait partie des plus grands noms des châteaux bordelais. Il me répondit par l’affirmative mais ajouta tout de même : « À présent que tu vas faire partie de la maison, tu auras l’occasion d’en découvrir bien d’autres… » Il ne pouvait plus douter une seconde à partir de cet instant que j’allais signer, avec lui, ce contrat inespéré pour moi avant de repartir. C’est ce que nous fîmes ! Nous célébrâmes l’événement quelques jours plus tard au fameux restaurant Aux Îles Marquises, rue de la Gaîté, non loin du mythique théâtre Bobino. J’avais alors une naïve fascination pour le fronton éblouissant de cet endroit, que je jugeais évidemment inaccessible pour moi ! Bobino, j’y avais souvent accompagné Georges (Brassens). Nous allions fréquemment après le spectacle boire un verre à la brasserie d’en face, La Belle Polonaise, surnommée « La Bellepo ». Yves, mon meilleur copain d’alors que j’avais invité au dîner, me dit, suivant mon regard vers le fronton : – Tu ne saurais tarder à t’y produire à ton tour, souviens-toi de ce que je te dis !… – Tu plaisantes… lui avais-je répondu, nous sommes loin du compte !… J’ignorais que je n’en étais pourtant pas si loin. Nous étions donc quatre bons amis en ces belles Îles Marquises, et nous dégustâmes tous les quatre les mêmes plats ainsi que les mêmes crus – pour ces derniers, j’avais choisi un meursault blanc jeune. Il escortait une douzaine d’huîtres plates de Cancale gratinées. Le mariage était absolument divin. Un jeune Monthélie rouge de quatre ans nous parut idéal pour rafraîchir cet odorant et tendre civet de marcassin. Sa marinade, nous expliqua le chef lui-même, avait été faite avec le même cru, mais de plus de dix ans d’âge. Les murmures de félicité gustative en disaient long sur notre jubilation. À l’issue de ce moment pour moi rare jusqu’alors – du moins dans la haute qualité et le raffinement –, j’espérais bien que mon avenir gastronomique et oenologique… ressemblerait un peu à cela. Ce ne fut pas tout de suite le cas, mais… comme le disait Yves avec sa bonhommie et son oeil pétillant : « Tu as encore tout le temps devant toi ! »
J’avais vingt-trois ans.
Collection Document, 25 €

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+ d’info www.cherche-midi.com

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